Le coaching, c'est si simple, que pour en faire un métier "sérieux", nous pourrions céder à la tentation de le rendre plus complexe. Or paradoxalement, c'est la simplicité même du coaching qui en fait un métier à la fois original et pas si facile à exercer, peut-être surtout en occident. Pour commencer à explorer la simplicité du coaching, je vous propose quelques réflexions sur son esprit. Car c'est l'esprit du coaching qui en fait son originalité voir sa marque, et pas la multitude de méthodes que l'on pourrait être tenté de développer sous couvert de coaching, peut-être surtout pour se démarquer.
Pour bien situer la spécificité de la démarche de coaching dans sa simplicité, il est d'abord recommandé de comprendre ce qu’est un simple dialogue lorsqu'il a lieu entre deux personnes et de façon « naturelle » ou sans coach. Ce n’est qu’après une claire compréhension de la nature et des résultats d’un dialogue que le rôle du coach peut être précisé dans sa fonction d'accompagnement de ce type de conversation. Il s'agit ici du type de dialogue que développe le physicien David Bohm dans son ouvrage "On Dialogue", (Routledge Classics, NY, 1996).
Le « dialogue » en général : Selon Bohm, le dialogue entre deux ou plusieurs personnes est une interaction verbale relativement fluide, constructive et respectueuse du sens véhiculé par les mots que contribue chacun des interlocuteurs. Etymologiquement, le mot « dialogue » vient de « dia » qui veut dire « à travers » (et aussi "séparer" ou distinguer, et non seulement "deux"), et « logos » pour le « mot » ou encore le « verbe » qui véhicule un sens. Nous pouvons ajouter ou préciser que selon Bohm, un véritable dialogue n’a pas d’objectif autre que de "partager" (dans le sens de "mettre en commun") ou faciliter l’émergence de nouveaux sens qui se révèleraient peu à peu et qui deviendraient relativement communs aux partenaires en conversation. Par conséquent, la pratique d’un dialogue entre plusieurs personnes leur permet peu à peu d’élaborer une nouvelle communauté de sens dont le contenu précis est généralement imprévisible ou émergeant.
Lors d’un dialogue entre deux ou plusieurs personnes, l’échange ou plutôt le co-accompagnement est porté par tous les partenaires en conversation. Chacun intègre à chaque étape la contribution des interlocuteurs précédents et contribue lui-même à l’élaboration ou l’apparition progressive d’un nouveau sens relativement partagé. Chacun écoute attentivement pour ensuite développer ou modeler le sens partagé, afin de créer une nouvelle forme conceptuelle collective. Le dialogue est une interaction résolument émergente dans le sens où personne n’a d’a priori bien défini quant au résultat final du contenu de la conversation.
Par conséquent, un dialogue est une conversation qui consiste à faire avancer ou plutôt laisser émerger un sujet, ou encore à construire un sens nouveau et collectif presque sans en avoir l’objectif. Chaque locution élabore sur la précédente, prépare la suivante et l’ensemble chemine vers une nouvelle destination qui peu à peu se révèle ou émerge de l’ensemble dialogué.
Pour être productif, un dialogue s’inscrit au sein d’un échange de sens sans qu'il n'y ait obligatoirement des enjeux en terme d’objectif. Son résultat est d’autant plus important qu’il n’est pas au centre des préoccupations conscientes des partenaires en conversation. Cet échange libre et respectueux des positions des uns et des autres permet souvent l’élaboration voire l’apparition ou « l’émergence » quelquefois surprenante, presque spontanée et relativement partagée de nouveaux points de vues, de nouveaux sens, de nouvelles directions ou encore de solutions précédemment non perçues.
Le « dialogue » avec un coach : Lors d’une conversation avec un coach, la nature de l’échange est relativement différente. Le client parle alors que le coach l’écoute attentivement, surtout pour faciliter cette expression et éventuellement pour comprendre le sens de ses propos.
- ATTENTION : le rôle du coach consiste surtout à laisser au client l’espace et le temps de sentir, de réfléchir et de développer sa pensée, de préciser, d’élaborer voire de découvrir son idée jusqu’au bout. L’écoute respectueuse et attentive du coach permet au client d’élaborer progressivement le sens qui l'habite et qu’il souhaite exprimer.
En coaching comme lors d'un dialogue, le propos du client évolue et aboutit souvent, sinon systématiquement, à un résultat différent de celui qu’il envisageait au début de sa réflexion exprimée. Face à l’écoute attentive et silencieuse du coach, la formulation du client, ou la verbalisation du sens qu’il cherche à « mettre en forme » tout naturellement se modifie, se remodèle et se précise et peu à peu.
Il est utile de souligner que dans un premier temps, le coach ne va ni « répondre » ni intervenir, mais plutôt se taire afin de laisser au client un véritable réceptacle à ses propos sous la forme d’un silence ou d’un « vide » à la fois attentif et accueillant . Au sein de ce vide pourra alors progressivement émerger la forme essentielle et le fond pratique que le client voudra donner à ses préoccupations.
Puisque « le vide appelle le plein », le coach silencieux offre au client l’espace ou le creuset créateur au sein duquel le client peut véritablement donner une forme au sens profond de la réalité qui l’habite. Par conséquent, la première véritable technique de coaching est d’offrir un espace silencieux qui permettra au client de se découvrir et quelquefois se redéfinir. Il en résulte que si le coaching procure un espace professionnel facilitant le dialogue, celui-ci est tout d’abord au service du développement du « sens » que le client cherche à formuler ou définir.
Ce n’est que par la suite et de façons très subtiles, que d’autres techniques de coaching sont judicieusement choisies et proposées par le coach pour permettre au client d‘aller un peu plus loin, et selon son choix. Par conséquent, les propos et la compétence du coach servent aussi à offrir au client quelques occasions de se confronter à divers tremplins de remises en question, de changements de cadre de référence.
Pour proposer ces tremplins, le coach peut poser quelques questions choisies dans le seul but d’aider son client à se recadrer afin d’explorer ou de développer encore un peu plus loin et quelquefois autrement le sens de ses propres propos. Il s’agit de poser quelques questions et "semer" quelques reformulations et relances afin d’aider le client a découvrir de qu’il a au plus profond de ses croyances, de ses attitudes, de ses motivations et de ses ambitions.
Encore pour aider le client à cheminer sur son propre parcours, le coach peut de temps en temps (et avec parcimonie) participer de façon plus active à l’élaboration du sens du dialogue du client, mais sans jamais s’attacher à sa propre contribution. Celle-ci se doit d’être entièrement au service du cheminement du client.
Au cours de cette recherche ou de ce développement de sens par le client, il ne peut pas apparaître de la part du coach une quelconque tentative volontaire ou inconsciente d’influencer, de diriger le dialogue voire de réellement y participer. Il ne doit ni « répondre » ni tenter de diriger voire de convaincre, au risque de transformer le dialogue personnel du client en discussion avec le coach.
- ATTENTION : La racine étymologique du mot « discussion » serait synonyme « d’agiter ». Une discussion concerne surtout un échange d’arguments où chacun œuvre à d’imposer son point de vue, ce qui exacerbe le risque de ne pas écouter l’autre, et peut provoquer une véritable opposition ou dispersion de sens. Cela aboutirait au contraire de l’objectif d’un dialogue.
Par conséquent, à la différence d’un expert qui est payé pour avoir des réponses et pour savoir les vendre sinon les imposer, un coach est un professionnel de l’accompagnement du dialogue qui œuvre plutôt à faire de la place au sein de la conversation avec son client individuel ou collectif pour faciliter l’apparition ou l’émergence presque spontanée de ses propres solutions.
- EXEMPLE : Lors d’une conversation de coaching individuel ou d’équipe, il n’est pas rare de constater que le client aboutit à une clarté qui lui est lumineuse, et qui échappe totalement à la compréhension du coach. Cela est réellement sans importance dans la réussite de la démarche.
Cela souligne que l’accompagnement d’un coach peut être performant alors même que le client chemine dans des domaines qui sortent totalement des zones d’expertise de ce premier.
L’accompagnement du dialogue du client facilite son « recentrage » ou son « réalignement ».
Lorsqu’il est écouté et accompagné par un coach, le dialogue du client devient une forme de méditation personnelle, structurée par le verbe, lui-même porteur de nouveau sens et de nouvelles perceptions de la réalité. Lorsqu’il s’exprime verbalement sur ses préoccupations personnelles ou professionnelles, le client prend peu à peu conscience de sa complexité personnelle, de sa qualité humaine, de ses véritables motivations. Peu à peu il donne à son propre cadre de référence une nouvelle forme sinon une nouvelle cohérence. Par la suite, c’est ce nouveau paradigme ou cette nouvelle vision du monde qui permettra au client de remettre en question son positionnement et ses actes au sein de son activité quotidienne.
C’est ainsi que peu à peu, en cherchant à exprimer le fond de ses motivations, le client en coaching développe sa conscience et affine ses sens. Il se découvre des aspirations et motivations différentes voire bien plus puissantes. Lorsqu’il déploie ou déplie son propre dialogue « accompagné », il développe et pratique un plus grand discernement, une bien meilleure intuition. Peu à peu il se découvre une écoute et une compréhension plus juste, plus rapide sinon instantanée des autres, une plus ample capacité de transmission, une plus puissante envie d’agir ou d’entreprendre, une vision plus large voire plus compréhensive de son propre potentiel. En deux mots, par le biais de son propre dialogue accompagné, peu à peu le client opère sa propre transformation, son propre déploiement.
Il devient apparent que par sa méthode qui repose principalement sur le « dialogue accompagné », la démarche de coaching apparaît comme une technique originale et performante du développement et de la mise en pratique du potentiel individuel comme celui d'équipes ou d’ensembles collectifs beaucoup plus complexes.
Ici l’on constate aussi que le contenu des préoccupations du client en coaching peut être relativement accessoire. Si le client est en coaching professionnel ou personnel, si ses préoccupations sont d’un ordre familial, professionnel, sportif, économique, de santé, ou autre importe peu. Quel que soit le centre relativement passager de ses préoccupations, c’est le cheminement du client au sein même de son « dialogue accompagné » qui prime et qui lui permettra peu à peu de prendre de la puissance, de l’envergure et de se transformer. Cette transformation aura presque tout naturellement des effets dans toutes les facettes de sa vie personnelle et professionnelle.
Ce constat renforce l’affirmation qu’en coaching il n’y a pas de domaines d’expertises différents. Le seul véritable domaine d’expertise du coach, c’est l’accompagnement du développement de l’envergure générale de son client individuel ou collectif par l’accompagnement professionnel de son propre dialogue.
- ATTENTION : Certaines personnes souhaitent subdiviser la pratique du coaching en de nombreuses sous catégories qui seraient autant de domaines d’application différents. Il y aurait ainsi des coachs à l’exportation ou à l’interculturel, des coachs de vendeur ou de manager, des coachs en alimentation, des coachs pour familles, des coachs de dirigeants, etc.
Il se trouve qu’en réalité et au-delà des découpages nécessaires à une démarche de marketing qui collerait au cadre de référence d’un marché morcelé par différentes expertises, un coach professionnel reste un coach, quel que soit le domaine du client au sein duquel ce dernier pose ses préoccupations du moment.
Par conséquent, puisqu’une personne qui assume une posture de coach ne se positionne pas en expert dans un autre métier que celui de « l’accompagnement professionnel du dialogue du client », le domaine personnel, social ou professionnel où se situe la préoccupation du client peut souvent être considéré comme relativement accessoire.
Si une démarche réelle de coaching s’opère « sans frontières », ou ne se pose pas en termes de champs d’applications circonscrits, cela peut aussi avoir de sérieuses conséquences pour le client. Lorsqu’il formule une demande de coaching, le client se situe presque toujours dans un contexte précis, comme par exemple dans sa vie professionnelle, dans le cadre de son sport, ou dans sa vie privée. Il en demeure pas moins vrai que les résultats d’une démarche significative de coaching ont souvent des répercussions « collatérales » plus ou moins mesurables dans toutes les dimensions de la vie du client.
D’ailleurs, coaching ou pas et quel que soit la démarche de transformation, suite à un cheminement abouti dans un domaine particulier par exemple dans son sport, c’est immanquablement l’homme qui est transformé, et non seulement le sportif. C’est sûrement pour cela que l’on constate régulièrement que suite à un choc de vie ou grâce à une démarche volontaire, une personne peut décider de presque tout changer dans sa vie en relativement peu de temps. Elle peut opérer volontairement et quelquefois « subir » en l’espace d’un an des changements radicaux qui peuvent avoir des répercussions géographiques, familiales, professionnelles, de santé, etc.
En réalité, ce ne sont pas toutes ces dimensions « autour » de la personne qui changent ou se bouleversent, mais c’est surtout la personne elle-même, au centre de tous ces « ajustements périphériques » qui s’est transformée. C’est là que l’on constate à quel point l’environnement de l’homme, son contexte, son entourage ou encore sa « réalité » est presque tout simplement obligée de suivre ou de refléter ses choix de vie sinon ses transformations personnelles et intérieures.
L’augmentation de la performance du client n’est qu’une conséquence ou un produit de sa transformation plus fondamentale
Le « dialogue accompagné » du client lui permet donc de peu à peu se découvrir et se déployer au sein du nouveau cadre de référence qu’il se définit et qui intègre une plus grande partie de son potentiel intrinsèque. Par cette démarche, le client se construit de nouvelles fondations personnelles, il découvre et déploie une nouvelle identité, se laisse nourrir par de nouvelles aspirations, se découvre des capacités insoupçonnées. En deux mots, le client "se" grandit et se transforme.
Cette transformation est d’autant plus totale qu’elle repose sur des nouvelles croyances, qu’elle permet le changement de ses perceptions, qu’elle provoque de nouvelles attitudes et des comportements plus justes, plus concentrés voire plus puissants. C’est l’ensemble de cette démarche qui enfin facilite l’obtention de résultats beaucoup plus performants.
Par conséquent, si le coaching peut accompagner le client individuel par exemple à arrêter de fumer, un sportif à devenir un champion ou encore une entreprise à radicalement augmenter ses bénéfices, ces résultats espérés ne sont en réalité que les fruits d’une transformation beaucoup plus profonde et bien plus durable.
Il devient évident que pour atteindre des objectifs mesurables selon des indicateurs choisis par le client personnel ou professionnel, le succès de la démarche de coaching repose sur une motivation de transformation individuelle ou collective beaucoup plus profonde.
Ces réflexions permettent de situer le cadre presque paradoxal d’une démarche de transformation par du coaching, et en tous les cas de comprendre sa puissance :
- Un client demande à être accompagné par un coach pour résoudre un ou plusieurs problème relativement circonscrits, ou pour améliorer la performance mesurable de son activité quotidienne. Le coach lui propose une démarche sur un certain nombre de séances.
- Pour être performante, la spécificité de la démarche de coaching repose sur l’accompagnement professionnel du « dialogue » du client individuel ou collectif afin de l’aider à trouver ses propres solutions par une recherche qui se reposerait sur ses propres compétences comme sur sa propre puissance.
- Le cheminement "dialogué" du client lui permet peu à peu d’opérer sa propre transformation. Il change l’ensemble de son cadre de référence, justement à l’origine de son problème ou des limites de ses performances.
- Le résultat de cette transformation propulse le client au sein d’une nouvelle perception du monde ou d’une nouvelle réalité. Ce changement de paradigme permet au client d’envisager et de mettre en œuvre toute une série d’attitudes et de comportements qui lui étaient précédemment inaccessibles et qui propulsent sa vie sur une trajectoire différente.
- Presque accessoirement, les nouveaux comportements du client provoquent soit la disparition de son problème soit l’atteinte de résultats de performance radicalement différents.
Cette description détaillée de la démarche de coaching pourrait donner l’impression qu’elle est longue, périlleuse, complexe et semée d’embûches. Or rien n’est plus faux. Selon la maturité, la motivation et les enjeux du client, les contextes culturels, la complexité de la demande et bien entendu la compétence du coach, une transformation relativement importante du cadre de référence d’un client peut quelquefois s’opérer en une seule séance. C'est la mise en oeuvre des conséquences de cette transformation qui peut prendre plus de temps.
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